Les maîtres du Shotokan
> Maître Gishin Funakoshi
Né en 1868 à Okinawa, Gishin Funakoshi débute la pratique du karaté à l’à ge de 12 ans sous la direction de maître Azato.
C’est en 1922 qu’il écrit un premier livre et qu’il présente à Tokyo une démonstration qui permet à l’art secret d’Okinawa de sortir des limites de son île. Il nomme cet art le karaté-do : «la voie de la main vide».
Maître Funakoshi est aussi un poête dont le pseudonyme de calligraphe «shoto» signifie «vague de pin».
En 1938, son premier dojo est construit. Il est nommé «Shotokan». Maître Funakoshi est reconnu comme le père du karaté moderne. Les techniques qu’il a développées et sa philosophie sont aujourd’hui enseignées à travers le monde.
Le Shotokan est régi par des normes internationales. Les grades (ceintures) sont reconnus dans tous les pays. Le directeur technique pour les Amériques est Maître Teruyuki Okazaki, 9e dan. Il fut un élève de Maître Funakoshi.
> Maître Teruyuki Okazaki
Teruyuki Okazaki est né le 22 juin 1931 au Japon. Il est admis à l’université de Takushoku en 1947. À ce moment, ennuyé par le judo et le kendo qu’il pratique depuis l’école élémentaire, il débute l’étude de l’aïkido avec maître Morihei Ueshiba, et le karaté-do avec les maîtres Funakoshi et Nakayama. Ayant été humilié à quelques reprises dans les cours d’aïkido à cause de son manque de coordination, le jeune Okazaki se concentre alors uniquement sur le karaté.
Pendant ses années d’études, Okazaki s’entraîne 2 à 3 fois par jour, tous les jours. Lorsqu’il termine en 1953, il est instructeur de l’équipe de Takushoku. Il est alors recruté pour expérimenter le programme d’entraînement développé pour les instructeurs de la JKA. En 1955, il devient instructeur dans ce programme.
Parmi les premiers diplômés de ce programme figurent Takayuki Mikami et Hirokazu Kanazawa.
En 1957, Okazaki obtient le grade de 4e dan. En 1961, à la demande de maître Nakayama, il part aux États-Unis pour un séjour de 6 mois, afin d’y enseigner le karaté-do. Il s’y est finalement installé et demeure aujourd’hui à Philadelphie. Après plus de 40 ans, il est toujours actif dans son art et il est président et chef-instructeur de l’ISKF (International Shotokan Karate Federation) qu’il a lui-même fondée en 1977. Cette organisation, affiliée à la JKA, regroupe, sous sa direction, plus de 600 dojos dans quelque 30 pays des Amériques et des Caraïbes.
Maître Okazaki voyage beaucoup pour enseigner et rehausser constamment le standard du karaté-do. Le grade de 9e dan lui fut décerné en 1998. Malgré ses 70 ans passés, son énergie semble sans limite et sa sagesse et son enthousiasme émanent toujours de son enseignement.
> Maître Taiji Kase – le précurseur
(Source Karaté Bushido, Juillet-Août 1995)
Il a formé tous les cadres du Karaté français : Sauvin, Didier, Paschy, Lavorato, Petitdemange … ont été ses élèves. 9e dan de Karaté, Maître Taiji Kase vit en France depuis 1967. Combattant hors-pair, il était chargé dans les années 60 de relever les défis lancés à la J.K.A., la puissante fédération Shotokan. Christian Courtonne nous présente ce maître hors du commun.
Cet article va aujourd’hui centrer le débat sur l’évolution du Karaté. En effet, si une face du Karaté est aujourd’hui surexploitée, une autre, plus profonde car issue du Karaté traditionnel enseigné par Maître Funakoshi, plus réaliste et plus pure, évolue, s’enrichit au sein d’une académie fondée par un maître qui force le respect de tous et qui est un trésor vivant du Karaté. Il s’agit de Maître Kase, ceinture noire 9e Dan de Karaté, qui inscrit en Europe, en ce moment, son action dans la légende du Karaté.
. Le parcours de Maître Kase
Un certain mystère plane sur le parcours de ce maître, né au Japon en 1929. Il y étudie tout d’abord le Judo et l’Aïkido. Il connaît ses premiers entraînements de Karaté dans la marine, dans des conditions très violentes, et s’entraîne ensuite dans le dojo de Yoshitaka Funakoshi, le fils de Gishin Funakoshi, grand maître qui a su intégrer le Karaté dans le Japon moderne, tout comme Maître Nakayama a su le diffuser dans le monde entier.
Cette formation première a forgé son style. Nous allons voir que Maître Kase fait passer le message originel que lui a transmis Gishin Funakoshi lorsqu’il visitait le dojo de son fils, et l’enrichit aujourd’hui, après avoir été l’un des acteurs actifs du prosélytisme de la Japan Karate Association. Nous retrouvons quelques années plus tard Maître Kase, combattant hors-pair, à l’université de Taikushoku où il dirige les cours combat de la J.K.A.
Il a dans ses rangs des élèves qui s ‘appellent Enoeda, Shirai et Ochi. Ceux d’entre nous qui ont pu recueillir les confidences de ces maîtres le savent : les entraînements étaient très très durs. En effet Maître Kase, dans un milieu où l’on peut parfois faire illusion, a toujours dominé physiquement ses interlocuteurs durant des entraînements sans concession. N’oublions pas que dans les années 60, c’est lui, avec Maître Nishiyama, qui était chargé de relever les défis ! Comme les plus grands maîtres japonais au milieu des années 60, Maître Kanazawa par exemple, il est chargé de la divulgation de cette discipline à travers le monde et visite des pays tels que l’Afrique du Sud, les Etats-Unis et l’Europe.
C’est sur l’initiative de Maître Plée, comme nous le révèle Jean-Pierre Bergheaud (président du Comité Départemental du Val-de-Marne et historien du Karaté français), qu’il arrive un jour de l’année 1967 à la Gare de Lyon à Paris. Trois personnes l’accueillent : Henry Plée, un ami italien et Jean Pierre Lavorato, son élève le plus ancien qui est sans conteste en France le chef de file de ce courant du Karaté.
. 9 années d’enseignement en France
Dès son arrivée, fidèle à son instinct de guerrier, qui ne s’est jamais atténué, il se confronte aux champions des différentes méthodes de combat. Le résultat est sans appel. Suivent cinq années d’entraînement historiques, dans le dojo du 34 rue de la Montagne Sainte Geneviève, creuset du Karaté.
En 1972, il enseigne au centre Daviel à Paris, dans le 13e arrondissement. Puis il ouvre en 1973 le dojo de la rue Daguerre. Trois années d’enseignement exceptionnel ont lieu dans cette salle du 14e arrondissement. Il s’agit d’un vrai dojo, consacré uniquement au Karaté, ouvert de 9 heures du matin à 10 heures du soir.
Les cours se succèdent, de l’entraînement de ses assistants et de son équipe le matin au cours des débutants dispensé par ses fidèles, en passant par ses entraînements libres, le travail au sac, au makiwara. Les Maîtres Nakayama, Enoeda, Ochi, Shirai, Oshima et bien d’autres, ont visité ce lieu.
. Une page d’histoire
C’est au cours de ces 9 années que s’est écrite une page de l’histoire du Karaté français. Imaginons un cours où sont présents Francis Didier, entraîneur actuel des équipes de France, Michel Roussaud, entraîneur de l’équipe de France technique, Jean-Pierre Lavorato, François Petitdemange, Lenoir, Roger Paschy, Camille Daudier, Raphäel Gaillard, le professeur de Montama qui a été le premier Champion du Monde individuel, Hervé Delage, Franco Daloia, Christian Babille, Jean-Pierre Perilleux, Daniel Lautier, Daniel Criquet, Kenji Tokitsu, Guy Sauvin, le DTN comblé de la FFKAMA, et bien d’autres responsables aujourd’hui de la qualité du Karaté français.
L’historien retiendra que c ‘est là que s’est forgé un axe du Karaté français. Et pourtant, il ne s’agissait que de la première étape de l’enseignement. Beaucoup restait encore à découvrir. Puis, en 1976, Maître Kase prend ses distances avec toute organisation après avoir conduit sa sélection à la 3e place aux Championnats d’Europe Shotokan IAKF. Beaucoup se sont interrogés, à l’époque, sur ce retrait. Nous en retiendrons la grande courtoisie du Maître, qui n’a pas souhaité interférer dans la délégation du service public décidée par un état hospitalier en faveur d’une fédération sportive.
Ses rapports avec cette fédération sont très cordiaux, voire amicaux avec certains hauts responsables. Ce retrait lui ayant permis d’approfondir sa recherche personnelle, on ne peut aujourd’hui que s’en féliciter. Seule la solitude lui a permis de s’épanouir totalement et de transmettre, uniquement à l’occasion de stages et au sein de son académie européenne, ce message unique dans le Karaté mondial.


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